mercredi 16 septembre 2015

Marilyn Manson, "The Pale Emperor"


Photo promo de Marilyn Manson
Marilyn Manson

Je débuterai cet article par un constat, Marilyn Manson étant l'artiste que je connais le mieux dans toute la jungle musicale : Brian Warner, le mec derrière Marilyn Manson, est un génie doté d'une intelligence incommensurable, et d'une inventivité hors du commun. Oui, il est absolument fascinant.
Il a su se frayer un chemin dans le milieu de la musique, par des moyens complètement détournés et culottés (j'y reviendrai peut-être un jour, "peut-être" car c'est une longue histoire), et avec un concept complètement barré. Il faut le dire en effet, le principe même de mélanger le prénom d'une starlette avec le patronyme d'un tueur en série n'est pas banal, il est simplement dommage que ce ne soit plus le cas des membres arrivés dans le groupe depuis Zim Zum en 1996, encore pire depuis John 5 puisque tous les musiciens l'ayant suivis ont gardé leur véritable nom. Marilyn Manson, c'est tout d'abord un premier album ("Portrait of an American Family", 1994) pour le moins surprenant, puis un EP ("Smells Like Children", 1995) qui n'a fait qu'enfoncer le clou de l'univers que le Révérend a voulu donner à son groupe. S'en est suivie la trilogie inversée absolument fantastique formée par les albums "Antichrist Superstar" (1996), "Mechanical Animals" (1998) et "Holy Wood (In the Shadow of the Valley of Death)" (2000). Remarque : c'est une trilogie inversée comme je disais, cela signifie que pour bien comprendre l'histoire, il faut les écouter à l'envers, débuter par celui de 2000 pour terminer par celui de 1996. Et je peux vous assurer qu'elle vaut le coup. Penchez-vous aussi sur les livrets, et pas seulement sur les paroles, vous aurez bien des surprises ;-) 

Puis, en 2003, il nous a fait prendre un tournant via l'album "The Golden Age of Grotesque", l'Antéchrist revendiqué se métamorphosant peu à peu en Dandy chic teinté du Berlin des années 40 (il faut savoir que Brian Warner a des origines allemandes). J'attendais cet album avec une grande impatience, je suis d'ailleurs allée le chercher le jour-même de sa sortie. Deux bonnes heures de marche aller-retour dues à une grève des bus pour pouvoir enfin insérer le disque dans le lecteur du salon et savoir finalement ce qu'il en serait de la musicalité après avoir découvert le nouveau visage, plus bon chic bon genre, du personnage. J'ai aimé ce qui est arrivé dans mes oreilles ce matin-là, mais j'ai également eu peur pour la suite, sentant le vent tourner. Peut-être le départ de Twiggy Ramirez que je n'ai pas su digérer, je ne sais pas vraiment. Jusqu'à ce moment où j'ai vraiment commencé à me demander ce qu'il arrivait à ce génie dont j'appréciais tant l'univers. Fini l'Antéchrist Superstar, finis l'Alpha et l'Oméga Mécaniques, finis les Kennedy et Lennon, fini Marilyn Manson. Ce moment, il est arrivé avec "Eat me, Drink, me", l'album de 2007. Bien que son concept vienne d'un personnage qui me fascinait quand j'étais gamine, à savoir Alice au Pays des Merveilles, cet album est trop calme, trop lisse, trop aux antipodes de ce à quoi le Révérend nous avait habitués, il ne m'a pas plu. Puis je m'en suis allée à la découverte de "The High End of Law", sorti en 2009 mais que j'ai écouté pour la première fois sur le tard, tant j'ai été déçue par le précédent et tant j'ai hésité à découvrir celui-ci. Il a relevé un peu la barre (le retour de Twiggy s'est fait sentir!), mais malgré mes quelques coups de coeur, je n'ai tout de même pas réellement retrouvé le Manson que j'aimais, celui des premiers albums. "Born Villain" en 2012 m'a d'ailleurs à nouveau fâchée avec lui. 

Et nous voici devant le nouveau "The Pale Emperor", sorti il y a tout juste quelques jours (NDLR : cet article a été initialement publié le vendredi 23 janvier 2015). J'avais écouté le premier single, "Third Day of a Seven Day Binge" dès sa sortie, j'avais même profité de l'offre sur le site officiel pour le télécharger gratuitement. Et la claque que j'attendais de me prendre depuis plus de 10 ans, je l'ai prise. Enfin! C'est pas trop tôt! Il faut reconnaître que ce single sonne un peu comme les trois derniers albums, que je n'ai pas su apprécier de bout en bout. Mais j'en ai également perçu un goût d'ancien, un goût que je recherchais depuis longtemps et que je ne trouvais plus dans cet artiste que je ne comprenais plus. La première remarque que m'en a fait ma mère à la première écoute a été : "ça me fait penser à du David Bowie". Il faut savoir qu'au-delà de l'image de Manson, elle ignore totalement quelles sont les influences du Révérend. Sa remarque m'a fait sourire, car elle m'a confirmé qu'il revient à un son plus ancien, Bowie étant l'une de ses plus grandes influences et ce, depuis bien longtemps (repensez à Omega, son personnage pour l'album "Mechanical Animals", directement et ouvertement inspiré du Ziggie Stardust de Bowie). Mais cette influence s'est perdue à partir de 2003. Le single "Deep Six" est arrivé ensuite, il n'a fait que confirmer le bon pressentiment que j'avais quant à ce nouvel album. Et enfin, "Cupid Carries a Gun" qui sert de générique à la série "Salem", pouvait déjà être entendue dès le mois d'avril. Que du bon dans ces trois extraits, j'attendais de fait l'album avec impatience!

Brian Warner écrit ses paroles selon sa vie personnelle et professionnelle. Ceci explique peut-être l'irrégularité de qualité de ses albums. Avec "The Pale Emperor", on retrouve un Manson inspiré, avec un véritable concept, ce qui manquait depuis une bonne décennie. Mais ce Pâle Empereur, qui est-il au juste? C'est tout simplement la renaissance de l'Antéchrist, celui qui est mort avec l'album "Antichrist Superstar" (dont les titres 17 à 98 marquent l'agonie). Le son de l'ensemble, le ton résolument écorché de la voix du Révérend, n'est pas sans rappeler grandement cette époque par ailleurs. On pourrait voir dans "The Pale Emperor" la suite de la trilogie dont je parlais plus haut. J'aurais d'ailleurs bien vu le titre "Warship my Wreck" dans l'album "Antichrist Superstar" (reconnu le meilleur de la discographie par la majorité, merci à Trent Reznor surtout), car malgré quelques sonorités encore jamais entendues dans la musique du groupe jusqu'ici, il est un titre complètement dans la veine de cette époque révolue, peut-être pas si révolue que cela finalement. Manson surprend. Et il le fait bien. Il enfonce le clou avec le titre "Slave Only Dreams to be King", qui fait grandement penser à "The Beautiful People", l'un des morceaux phares de l'album "Antichrist Superstar" sus-cité. Oui, la prestance du Révérend est bel et bien de retour! Passons à "Birds of Hell Awaiting", qui m'a clairement rappelé le titre "The Dope Show" (sur l'album "Mechanical Animals", vous voyez que nous restons encore une fois dans cette fameuse trilogie). C'est un titre lancinant, entêtant, dans la lignée exacte de ce que les fans de la première heure peuvent attendre de Manson. "Odds of Even", la dernière chanson de l'album, est plus surprenante, très blues, très lente, très lourde. Dans le bon sens du terme! Une clôture parfaite pour un album quasiment parfait. A noter, Marilyn Manson a choisi de dédier "The Pale Emperor" à sa mère, Barbara Warner, décédée le 13 mai 2014 après s'être battue des années durant contre la démence. Elle avait 68 ans. 

Pour finir, la véritable surprise de ce nouvel album, c'est qu'il sonne étonnamment très Twiggy, alors même que celui-ci n'a strictement rien composé dessus. L'arrivée de Tyler Bates, compositeur et producteur de musiques de films, au sein de la formation ne lui a fait que du bien. Le Révérend Manson a beau s'être perdu il y a 10 ans, l'Empereur Manson à la noblesse indiscutable est né. Mes esgourdes vous en remercient et vous saluent bien bas.

Pochette du single de "Bad Girl"
Single "Bad Girl"
PS : Pour ceux qui ne le savaient pas, Marilyn Manson a collaboré avec Avril Lavigne en 2013 pour un single nommé "Bad Girl". Il vaut le coup d'y jeter une oreille ;-)

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