mardi 8 septembre 2015

La maison d'Amityville

Photo de la vraie maison d'Amityville
La vraie maison d'Amityville

La tristement célèbre maison d'Amityville, qui fut l'objet de plusieurs livres et films, est située originellement au 112 Ocean Avenue, sur Long Island à l'est de New York, et date de 1928. La croyance populaire, et les histoires liées à cette bâtisse, font que les deux lucarnes en quart de lune du dernier étage sont apparentées aux yeux du Diable, elles ont d'ailleurs été changées par des fenêtres standards depuis.
La peinture de la façade a également été refaite, car le sombre de l'époque rendait la maison menaçante, elle a donc été repeinte en blanc. On raconte que vers la fin de l'an 1600, un homme du nom de John Ketchum, aurait vécu à l'endroit même où la maison a été construite, après avoir été chassé de Salem pour sorcellerie. On dit même qu'il y aurait été enterré. Mais aucun véritable fondement historique n'a été découvert à ce sujet, ce qui remet en cause l'existence même de Ketchum. Intéressons-nous plutôt à ce que nous savons réel, et dont l'histoire débute en 1965.

Cette année-là, le 28 juin, la famille DeFeo, composée alors de Ronald DeFeo Senior (43 ans), Louise Brigante (42 ans) et leurs enfants : Ronald Junior (23 ans), Dawn (18 ans), Allison (13 ans), Mark (12 ans) et John (7 ans), emménagea dans la maison. Tous périrent quelques années plus tard, sauf Ronald Junior. Avant de raconter les faits, je vais m'attarder rapidement sur le portrait de chacun des membres de cette famille. Ronald Senior, le père, était directeur général de la Brigante-Karl Buick Concession à Brooklyn. On sait qu'il était violent avec toute sa famille, et battait plus particulièrement le fils aîné, Ronald Junior. D'ailleurs, son surnom était "Butch", ce qui signifie "Boucher". Sa femme, Louise Brigante était, selon les dires de Ronald Junior, infidèle à son mari. On n'en sait pas davantage à son sujet. Dawn, la fille aînée, était diplômée de St John The Baptist, et devait commencer des études de secrétariat. Elle était proche de son frère, au point de l'aider à passer ses tests anti-drogues en lui offrant sa propre urine. Ronald Junior était en effet consommateur occasionnel d'héroïne. Allison quant à elle, était d'un naturel calme et préférait s'isoler dans sa chambre plutôt que de supporter les disputes familiales. Mark, lui, était un passionné de football. Le jour de sa mort, son père devait d'ailleurs l'emmener chez le médecin car il avait une vilaine blessure l'obligeant depuis peu à se déplacer en fauteuil roulant et béquilles. Le petit dernier, John, avait été témoin la veille des meurtres d'une dispute entre Ronald Senior et Ronald Junior dans la cave. Ce dernier en était d'ailleurs ressorti avec une blessure à la lèvre. La famille possédait un chien nommé Shaggy, que Ronald Junior haïssait et voulait tuer de son propre aveu. Mais son père l'avait prévenu que s'il arrivait quoi que ce soit à ce chien, c'est lui qui paierait.

Photo des 5 enfants DeFeo
Les 5 enfants DeFeo (John, Allison et Mark derrière, Dawn et Ronald Junior devant)

Tout allait bien au moment de l'emménagement de la famille DeFeo en 1965, ils avaient même fait installer un panneau à l'entrée de leur propriété affichant les mots "High Hopes" (littéralement "Hauts espoirs", ce qui signifiait qu'ils avaient foi en un bon avenir). Jusqu'au mercredi 13 novembre 1974 où, à 3h15 du matin, Ronald Junior prit son fusil, calibre 357 magnum, et descendit son père, sa mère, ses deux frères et ses deux sœurs pendant leur sommeil. A 18h35 ce même jour, un certain Joey Yeswit appela la police pour dire qu'un homme s'était arrêté dans le Henry's Pub, le bar dans lequel il se trouvait, et avait dit que sa famille avait été assassinée. Yeswit précisa qu'il venait de se rendre à la maison avec cet homme et d'autres personnes, dont le propriétaire du bar, et qu'ils avaient bel et bien découvert les cadavres. Il ne fallut alors que 10 minutes pour que la police se rende sur place et constate les meurtres. Ronald, encore considéré comme victime à ce moment, raconta qu'il était bien chez lui la nuit précédente, mais qu'il avait quitté la maison vers 4 heures du matin pour aller travailler, ne trouvant pas le sommeil. Il affirma en outre avoir passé la journée à tenter de joindre ses parents au téléphone, en vain. Et il aurait découvert les meurtres en rentrant dans la soirée, après quoi il se serait rendu dans le bar. Mais, les interrogatoires se multipliant, Ronald s'embourbait de plus en plus entre différentes variantes qu'il proposait de ses actes de la journée. Si bien qu'il devint rapidement suspect, et il avoua finalement être coupable. De plus, son casier judiciaire n'était pas vierge : vols, violences, usage de drogues dures, menaces de morts etc...

Dans les faits, nous avons le père abattu de deux balles dans le dos, la mère et Louise d'une balle dans le poignet et une autre dans la poitrine, Mark et John d'une balle dans le cœur, Allison d'une balle en pleine tête, et Dawn d'une balle dans le bas du cou. Il fut établi que les deux parents avaient survécu quelques minutes avant de décéder, contrairement aux enfants qui étaient morts sur le coup. Le procès débuta le 22 septembre 1975, soit 10 mois plus tard. Ronald était alors défendu par l'avocat William Weber, et tenta de se défendre en expliquant que c'était le Diable en personne qui l'avait poussé à tuer toute sa famille. Il expliqua qu'il avait entendu une voix lui dire "Attrape-les, tue-les". Il ajouta que peu avant de commettre les meurtres, il regardait un film de guerre dans lequel il aurait reçu un message subliminal. Les membres de sa famille complotaient dans son dos, selon ce message. Cependant, malgré la plaidoirie de la folie défendue par l'avocat Weber, qui désirait prouver que des forces invisibles pouvaient influencer le comportement des habitants de cet endroit, Ronald fut tout de même jugé sain d'esprit, et condamné à 150 ans de prison (soit 25 ans de prison multiplié par le nombre de victimes).

Photo de Ronald DeFeo Junior lors de son procès
Ronald DeFeo Junior lors de son procès

L'enquête ne fut pourtant jamais vraiment bouclée. En effet, il fut établi entre autre que la chemise de nuit de Dawn DeFeo, sœur de Ronald, comportait des traces de poudre non brûlée, ce qui accréditait la thèse selon laquelle elle avait pu tirer un des coups de feu elle-même. A moins qu'elle n'était simplement très proche du tireur au moment où il avait fait feu. Ce détail ne fut jamais mis au clair, car laissé de côté par les enquêteurs, considéré comme mineur. L'ennui, c'est que le Docteur Adelman, le légiste qui a travaillé sur cette affaire, était persuadé qu'au moins trois personnes étaient responsables des meurtres, et il voulait vérifier son hypothèse en expertisant la chemise de nuit, ainsi que d'autres éléments de la maison. Dennis Rafferty, inspecteur responsable de l'enquête, lui répondit "Aucune chance ! Ces trucs ne seront jamais réexaminés, on s'en assurera." Autre fait troublant, pouvant accréditer la thèse selon laquelle Ronald DeFeo n'avait pu commettre les meurtres seul, le fusil qu'il avait utilisé était très bruyant, il pouvait s'entendre à plusieurs pâtés de maison. Comment expliquer donc, qu'aucune des 6 victimes n'avait bougé de son lit alors que 9 coups avaient été tirés, et que chacune était dans son lit respectif, dans plusieurs pièces différentes, sur plusieurs étages ? Même les voisins affirmèrent ne rien avoir entendu d'autre que le chien des DeFeo, Shaggy, aboyer cette nuit-là. De plus, quelques années après les faits, un officier de la brigade des stupéfiants confia à un journaliste que la maison d'Amityville était sous surveillance à cette époque, et Dawn aurait été vue quittant la maison avec un fusil la nuit des crimes. Par ailleurs, l'autopsie de son corps a montré qu'elle avait eu des rapports sexuels quelques heures avant de mourir. Bien qu'un doute persiste quant à la possible nature incestueuse des rapports entre elle et Ronald Junior, il paraît plus vraisemblable que cela ait plutôt eu lieu avec son père. Elle aurait pu péter un plomb pour cette raison.

Photo de Dawn DeFeo
Dawn DeFeo, "simple" victime ou complice trompée ? D'autant plus que Ronald n'ayant aucun mobile, on peut se poser la question...

L'histoire aurait pu s'arrêter là, mais une autre famille fit grandement parler de cette maison par la suite, une famille qui emménagea dans les lieux l'année même du procès de Ronald, le 18 décembre 1975, alors que le mobilier des DeFeo n'avait pas été enlevé. Il s'agit de George Lutz et de sa femme Kathleen, adeptes de la méditation transcendantale, qui venaient de se marier et qui arrivèrent avec les trois enfants de madame, Daniel, Christopher et Melissa. De leurs paroles, il ressortit que d'étranges événements avaient lieu dans cette maison et ce depuis leur emménagement, comme l'apparition de tâches sur les murs et la moquette, des invasions de nuées de mouches en plein hiver, des cris et des bruits de pas durant la nuit, ou encore la température qui montait d'un seul coup sans aucune raison. Ils en firent part à un journaliste et écrivain, Jay Anson, qui rédigea par la suite un roman intitulé "The Amityville Horror - A True Story" (littéralement, "L'horreur d'Amityville - Une histoire vraie", paru en français sous le titre "Amityville : La Maison du diable"). Le couple demanda au Père Pecoraro de venir bénir l'endroit, George Lutz se réveillant toutes les nuits selon ses dires à 3h15, heure du réveil de Ronald lors des meurtres l'année précédente, et se sentant de plus en plus colérique chaque jour, comme Ronald DeFeo en avait témoigné pour lui-même. De plus, les deux garçons Lutz avaient commencé à se battre entre eux, et la mère donnait des punitions corporelles à ses enfants, une chose qu'elle n'avait pourtant jamais faite auparavant. Et toute la famille s'était mise à dormir dans la position exacte dans laquelle les victimes DeFeo avaient été retrouvées ! Tous ces faits sont consignés dans le roman de Jay Anson, sorti en 1977 (lui-même est décédé en 1980). Le prêtre raconta par la suite avoir entendu une voix dans la chambre dans laquelle dormaient les deux garçons de la famille DeFeo, une voix qui lui demandait de s'en aller. Les Lutz ne restèrent finalement que 28 jours dans la maison, avant de l'abandonner le 14 janvier 1976, en laissant une bonne partie de leurs biens sur place. Quant au père Pecoraro, il décéda en 1987, dans des circonstances inconnues.

Photo du couple Lutz
Le couple Lutz, Kathleen et George, responsables directs de la notoriété mondiale de la maison

Depuis, de nombreux propriétaires se sont succédés, mais plus personne n'a parlé de phénomènes anormaux. En 1977, James et Barbara Cromarty achetèrent la maison et en changèrent l'adresse postale afin de détourner les touristes, attirés là par le roman de Jay Anson, et par le film qui en a découlé en 1979 par Stuart Rosenberg. Ils déposèrent plainte contre Anson ainsi que contre les Lutz pour l'invasion continuelle de leur propriété par les curieux, rendue mondialement célèbre par leur faute, alors que l'affaire DeFeo n'avait pas dépassé les frontières de la région. Les Cromarty furent donc victimes de vandalisme et d'invasion de journalistes, mais restèrent tout de même 10 années avant de déménager pour laisser place à Peter et Jeanne O'Neill, qui la vendirent également 10 ans plus tard. Ce sont ces derniers qui ont fait changer les fenêtres en quart de lune, pour d'autres plus conventionnelles. Reste à savoir comment se fait-il que les Lutz furent les seuls à avoir vécu (selon leurs dires) autant d'événements si particuliers ? En effet, avant eux, Ronald DeFeo Junior avait parlé d'une voix l'ayant poussé à tuer sa famille, mais rien de plus, et aucun des particuliers ayant habité cette maison par la suite n'a rapporté le moindre fait étrange. Si ce n'est, peut-être, le décès de l'un des fils Cromarty peu de temps après le départ de la famille Cromarty, dans des circonstances inconnues, alors qu'il était celui qui occupait la chambre de Ronald DeFeo Junior... Je rajouterai un dernier détail au sujet de Ronald, à savoir que depuis le début de sa détention, non seulement il se dit toujours possédé par cet esprit dont il parlait en 1975, mais en plus il enchaîne maladie sur maladie.

Photo de la vraie maison d'Amityville de nos jours
La vraie maison d'Amityville de nos jours

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